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C’est le pari qu’a fait Jevaraj en 1984. Ayant constaté un grand problème de scolarité chez les enfants des villages de sa région, il a créé une ONG (Organisation Non Gouvernementale) ayant pour objectif d’augmenter la qualité de la vie des habitants ruraux du Tamil Nadu. Il s'agit de l'ONG RIDE (Rural Institute for Development Education).
Cela ne devait cependant pas être évident dans ce pays où le système des castes est encore bien présent, où les saris sont l’élément indispensable de la garde-robe féminine et où les enfants sont encore souvent considérés comme de la main-d’œuvre bon marché mais aussi où leur maigre salaire est indispensable à la survie de toute la famille.

 



Ce n’est pas pour rien que Jevaraj s’est installé à Kanchipuram. Hormis le fait que cette ville est l’une des 7 villes sacrées de l’Inde et qu’elle compte de nombreux temples importants, elle est aussi LA ville des saris en soie. Les saris en soie de Kanchipuram sont parmi les plus recherchés. Ils sont de très grande qualité car le fil de soie est constitué de 5 fils torsadés alors que la plupart du temps, il n’y en a que 2. Ils sont aussi parmi les plus chers. Entre 8.000 et 25.000 Roupies en moyenne (entre 130 et 420 €). Une fortune pour un portefeuille ordinaire indien. Pour info : un sari fait généralement 6m de long sur ± 1m40 de large. Il faut entre 1 et 3 semaines pour le tisser manuellement dépendamment de la simplicité des motifs et de la largeur de la bordure.

Du coup, la main d’œuvre enfantine permettait d’alléger un petit peu les coûts. D’autant plus que la petite taille des enfants permettait de les mettre au travail en-dessous du métier à tisser.

Mais aujourd’hui, après 25 ans, le pari est gagné. En 1997, il y avait encore 40.000 enfants au travail dans les villages aux alentours de Kanchipuram. Aujourd’hui, il n’y en a plus « que » 4.000.

Le travail de l’organisation est basé sur un système élaboré. Pour convaincre les familles d’envoyer les enfants à l’école et pour compenser la perte de salaire, l’organisation aide des groupes de femmes à se rassembler et à fonder des petites associations autosuffisantes. Un groupe de 12 à 20 femmes d’un même village se réunit chaque semaine avec comme objectif de créer un petit business et de mettre un peu d’argent de côté. Avec cet argent, les femmes, sous le couvert de l’association promue par l’organisation RIDE, peuvent aller à la banque qui leur fera plus volontiers un micro-prêt. Ainsi, le petit business peut continuer à se développer et l’argent récolté peut compenser la perte des salaires des enfants en même temps qu’il bénéficie à l’amélioration de la qualité de vie dans les zones rurales. Bien vu.

Les enfants sont ensuite pris en charge par une école RIDE pendant un certain temps afin de les remettre à niveau et qu’ils puissent rejoindre une école officielle.
 

Aujourd’hui, l’organisation RIDE est présente dans plus de 295 villages et travaille avec 45 membres du personnel permanent. L’organisation continue aussi de se développer. Le problème des enfants à l’école s’améliorant continuellement, d’autres projets tels que l’hygiène, l’accès à l’eau potable, la sécurité routière, etc … sont à l’ordre du jour.

J’ai eu l’occasion d’être accueilli par Jevaraj et son épouse. Ils m’ont emmené dans l’un des villages où j’ai pu rencontrer des femmes au sein de leur association, des enfants à l’école et des hommes occupés sur leur métier à tisser. C’était vraiment très chouette de voir comment ce système leur permet d’accroître leur niveau de vie. Super intéressant aussi.
 

Pas mal non plus pour le touriste que je suis de pouvoir participer à ce développement tout en découvrant une part importante de la culture indienne à travers les saris en soie.

 

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