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J’ai débarqué à l’aéroport d’Osaka ce matin à 6h30. Depuis, j’ai l’impression de voyager dans un monde étrange.

D’habitude, je ne suis pas vite dérouté mais je dois avouer que les premiers moments au Japon sont grandement dépaysants. C’est peut-être aussi le fait que je n’ai pas dormi depuis plus de 32 heures et que je passe d’une chaleur tropicale à un climat se rapprochant plus des 14 degrés chers à la moyenne belge. N’empêche, j’ai parfois l’impression de débarquer dans la 4ème dimension.
 

Je me rends cependant compte que je m’habitue et que je m’adapte assez vite. J’en profite dès lors pour mettre rapidement mes premières impressions par écrit avant qu’elles ne s’estompent. 

Voici donc le récit de ma première journée dans un monde surprenant et intriguant : 

Les douaniers avec leurs gants blancs me demandent d’ouvrir tous mes bagages pour les vérifier. Ils n’arrêtent pas de s’excuser et de me saluer à chaque fois qu’ils me demandent de sortir quelque chose. Ils sont de bonne humeur (c’est tellement rare pour des douaniers). Ils rient continuellement. Ils s’amusent à consulter mon passeport couvert des tampons du monde entier et à énumérer tous les vols compris dans mon billet d’avion multi-continental. Ils sont très consciencieux et ça dure plus ou moins une demi-heure mais ça ne me dérange pas. C’est amusant finalement. 

Dans le train qui m’emmène à Kyoto, les Japonais qui s’en vont travailler sont tous en train de dormir, la tête recourbée vers l’avant. C’est une vision un peu étrange. Comme si tout le monde était mort. Je voudrais bien faire pareil mais j’ai peur de rater l’arrêt où je dois descendre pour changer de train. Seule une jeune Japonaise est « réveillée ». Elle offre cependant aussi un spectacle étrange. Elle semble vouloir exprimer un côté réactionnaire en s’habillant de manière provocante et négligée mais en même temps, elle affiche une réserve typique des Japonais. En outre, elle applique de la crème hydratante sur son visage et ses bras. Ces images qui se télescopent sont surprenantes.


 

J’arrive à la gare de Kyoto. C’est un bâtiment ultra-moderne et énorme. Tout est super bien organisé. Certains trains semblent sortis d’un film de science-fiction. Malgré que c’est l’heure de pointe, il fait très calme. L’ambiance sonore est composée de « bips », de « dings », de « dongs » et de sonorités en tous genres pour vous annoncer toutes sortes de petits messages. Il y a même une petite voix qui vous accueille au début de l’escalier roulant, puis à la fin. Je suppose que c’est pour vous demander de faire attention. Dans l’ascenseur aussi, une petite voix vous annonce en permanence, que la porte va s’ouvrir, qu’elle va se fermer, que nous sommes arrivés à tel étage, que vous êtes remercié d’avoir voyagé dans cet ascenseur ;-))), etc … Enfin, je suppose car je ne comprends rien du tout. J’ai le sentiment d’être dans un film dont l’histoire se déroule en 2050.  

J’arrive facilement au Ryokan (auberge traditionnelle japonaise) dans lequel Yunoki m’a réservé une chambre. Et là, j’ai vraiment l’impression de débarquer dans une autre dimension. La réceptionniste est très gentille et attentionnée mais elle n’arrête pas de me parler en japonais comme si je comprenais, alors qu’elle doit bien se rendre compte que je ne capte pas grand chose. Elle me fait comprendre que c’est complet. Je lui dis que j’ai une réservation. Elle ne me comprend pas et répète à nouveau que c’est complet en me montrant un panneau « No Vacation ». Après 5 minutes, elle comprend finalement que c’est Yunoki qui à réservé pour moi. Mais alors, elle sort un autre panneau sur lequel il est marqué « check-in 3 pm ». Zut, moi qui pensais faire un petit somme ! Je lui demande si je peux laisser mon sac. Elle me fait comprendre qu’internet ne fonctionne pas. Je lui demande où je peux aller pour prendre un petit-déjeuner. Elle me montre des jetons pour la machine à laver. Je lui demande si Yunoki a aussi réservé une chambre dans ce Ryokan. Elle me montre le prospectus avec la liste des temples à visiter. Je lui refais signe que j’aimerais manger. Elle me dit qu’ils n’ont que des lits « à la japonaise ». Je lui demande si je peux aller aux toilettes. Elle me propose une carte de téléphone.  Au secours !!! Je me rends compte que je ne suis pas « sorti de l’auberge ». Du coup, je sors de l’auberge … je reviendrais à 15h. 

Me voilà dans la rue sans trop savoir où aller. Je déambule comme un zombie. Je suis crevé. Mon Ryokan est juste à côté de Gion, l’ancien quartier des Geishas. Il y a encore quelques rues typiques avec des vieilles maisons. Il y a aussi beaucoup de temples, des maisons modernes et des grands magasins très chics. Tout se mélange. Il y a beaucoup de monde mais il fait très calme. Tout est très « policé ». Même les jeunes qui sont plus avant-gardistes que les jeunes européens. C’est surprenant. Et puis, sortant d’un magasin, deux femmes en kimonos avec des chaussures hautes en bois. Ensuite, au détour d’une rue, un groupe d’apprenties Geishas attend que le feu passe au vert pour traverser. Plus loin, devant l’entrée d’un temple, un jeune « punk » fait sonner le gong et clappe dans les mains pour annoncer sa présence aux dieux et faire sa prière. Un groupe d’écolières en uniforme bleu et mis-bas blancs vient faire la même chose. C’est tous les clichés du Japon qui défilent devant moi en 5 minutes. Il ne manque plus que le mont Fujiyama et les mangas pour compléter la panoplie des clichés. Je mangerais bien quelques sushis aussi.  

 


Finalement, j’atterris dans un coin un peu plus tranquille et boisé. Je découvre un banc et je m’y assois. Je m’assoupis un peu pour me réveiller en sursaut quelques instants après. Je n’ai toujours pas mangé. Je viens aussi de me rendre compte que l’endroit boisé et calme est un vieux cimetière. Bon, je repars à la recherche d’un restaurant. Enfin, je trouve un endroit pour manger mes premiers sushis sur le territoire japonais. Je choisis mon repas en pointant une assiette garnie grandeur nature et en plastique, qui est exposée en vitrine. Je réalise aussi que les Japonais ne parlent pas et ne comprennent pas l’anglais. Même dans les lieux très touristiques. Ça me surprend. Je ne m’attendais pas à cela de la part de ce pays très développé. Le Japon rejoint la Chine parmi les pays où j’ai eu le plus de difficultés à m’exprimer. Ce qui est surprenant aussi, c’est qu’ils font comme si je comprenais le japonais. Ils n’arrêtent pas de me parler. Tous les Japonais que je rencontre sont très gentils et très attentionnés. 

 


Après avoir mangé, je me retrouve dans un parc. J’ai trouvé un banc dans un endroit un peu plus tranquille et à nouveau, je m’y assoupis. Je crois que cette fois-ci, j’ai bien dormi plus d’une heure. Affalé sur ce banc, je n’ai peut-être pas donné une superbe image de l’Européen dans ce monde japonais très propre, discipliné et ordonné. Mais bon, je n’aurais plus su mettre un pied devant l’autre.

Enfin, il est 15 h. Je retourne au Ryokan et je m’autorise à faire une sieste prolongée.

Je me réveille vers 19h mais je suis toujours un peu « dans le gaz ». Je suis toujours un peu dérouté par le monde qui m’entoure. L’ambiance et les codes de conduite sont tellement particuliers. Mais c’est super intéressant. 

 

Bienvenue au Japon.

 

François

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